Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/192

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faits tous les peuples libres pour se garantir de l’oppression.” Le mot de prodiges dont se sert ici M. R. le trahit. Il aime les choses fortes, les catastrophes, les révolutions, les excès en tout genre, comme les paradoxes en genre de littérature, & les licences en fait de liberté. Défions-nous-en.

Pur sophisme de substituer le mot d’oppression à celui de servitude, comme de substituer celui de servitude au terme de fidélité ou d’obéissance. Vir obediens loquetur victorias. L’homme obéissant parlera victoires. M. R. n’aime pas celles-là. Il n’aime que les prodiges de la révolte la plus effrénée. Les Athéniens sont le peuple, que cet amour de liberté vague & capricieuse, a le plus souvent révoltés contre leur république & leur liberté même. Les Spartiates gouvernés par un roi, & même par deux, ne se sont presque jamais révoltés. Je suis, Monsieur, votre, &c.

LETTRE XXVI.

A bien prendre les choses, Monsieur, ce n’est le plus souvent que dans les républiques trop libres, trop démocratiques, comme chez les Athéniens, qu’on trouve des tyrans, des oppresseurs, des despotes au moins. Il est facile d’usurper une autorité vague, & qui flotte dans plusieurs têtes & dans plusieurs mains. Il s’y en trouve toujours quelqu’une, qui tire tout à elle & s’empare de tout. Un Monarque n’a point de complices ni de rivaux, qui lui aident, ou qui l’aiguillonnet