Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/194

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cinq ou six siecles, il se trouve de siecle en siecle des sujets fanatiques & des révoltés.

C’est l’esprit particulier, prétendu philosophe, que M. R. prêche ici en fait de gouvernement, & de tout, comme dans sa religion calviniste & républicaine. Il est remarquable que depuis douze cents ans que la France a pris sa consistance d’Etat royal & monarchique, il ne se soit pas trouvé un Prince, cruel ni méchant, la plupart ayant été même spécialement bons, religieux & dignes fils aînés de l’Eglise, au lieu qu’il s’y est trouvé & retrouvé cent sois des peuples Albigeois, calvinistes, ligueurs, assassins des meilleurs de nos rois, par ce principe exécrable des peuples toujours conservateurs de leur liberté, de leur droit de législation, & toujours armés selon M. R. contre leurs conquérans.

Encore, la liberté à laquelle aspire M. R. d’étant qu’une liberté animale, ne mérite pas qu’un oiseau même en cage se révolte & rompe les barreaux de sa grille, pour se la procurer. Je défie cet Auteur de trouver chez les jurisconsultes, les théologiens, les moralistes, les philosophes si ce n’est physiciens, matérialistes, une raison autre que de mécanique, qui autorise les hommes à se mettre ou remettre en possession d’une liberté idéale, ou on ne vit que de gland & d’herbe, pêle-mêle avec les animaux, sans aucune loi, devoir, ni sentiment de société, de filiation de paternité, d’humanité en un mot.

M. R. part toujours de ce principe purement matérialiste qu’un corps, astre ou pierre qui se meut en courbe autour d’un autre astre ou d’une main adroite, c’est-à-dire, tend