Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/196

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LETTRE XXVII.

Monsieur R. la liberté que vous prêchez, n’est page même celle dont on jouit à Geneve, en Hollande, ni dans. aucune république légitime, c’est-à-dire, légitimée par le tems de sa possession, qui a prescrit contre ses premiers souverains. Quoique vous en disiez, vous dites encore mieux, lorsque vous nous laissez sous-entendre, que vous n’avez pas pu vous accommoder de la liberté actuelle de votre patrie, & que celle même dont vous jouissez en France avec nous & plus que nous, qui ne nous y donnons pas toutes ces licences, est la plus grande que vous ayez pu trouver dans l’univers, vous qui avant que de naître, auriez choisi Geneve, & qui vous obstinez de choisir Paris, sans doute pour nous importuner mieux, de votre amitié mélancolique & atrabilaire, tant vous nous aimez jusqu’à la fureur.

Vous ne prêchez pas même la liberté des Sauvages, qui ne laissent pas de vivre en aimez bonne société de nation, de paternité au moins, de maternité de filiation & de fraternité. Non non, vous ne voulez que du pêle-mêle avec les animaux, & je n’oserois dire jusqu’à quel point vous le voulez, traitant d’avilissement tout ce qui n’est pas selon la pure nature, nature purement physique & corrompue, que vous traitez pourtant perfection & même d’innocence. Je crois que si vous vous étiez trouvé à la place du grand Nabuchodonosor, réduit à brouter avec les bêtes, vous n’auriez comme ui levé les yeux au