Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/199

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encore trouve-t-il le moyen de l’éteindre, & de la convertir en fumée capable de nous aveugler, après l’avoir aveuglé lui-même. Comment seroit-il philosophe avec le peu de précision & de justesse, de rhétorique même & de grammaire qui regne dans son discours ?

Jamais en morale on n’a dit, que la société civile dérive du pouvoir paternel. Ce n’est tout au plus qu’en physique, qu’on pourroit dire honnêtement que le physique de la société civile, le nombre & la génération des enfans, suppôts de la société, dérive du pouvoir physique & de la faculté générative, &c. C’est le gouvernement de la société, qui dérive du pouvoir paternel.

Le raisonnement de M. R. n’est ici qu’un grand & pur sophisme, pour établir un principe évidemment faux. Il confond la société avec le pere de la société & veut tirer de celle-ci le droit de celui là, au lieu de tirer de celui-là le droit de celle-ci. Mais le droit de la société, ne peut par-là même être, comme j’ai dit, qu’un droit d’être gouvernée, & le droit actif du gouvernement ne peut jamais résider que dans le chef, pere physique & créateur de la société & de tous ses droits.

M. R. veut en termes très-équivalemment formels, que le pere tire de ses enfans le droit de paternité, le droit d’être pere, au lieu qu’il est physiquement même évident que c’est du pere que les enfans tirent le droit d’être enfans. C’est comme si ou vouloit dite que le droit du gouverneur vient du gouvernement, au lieu de dire que le gouvernement vient du gouverneur.

Le vrai fait est que le pere, le chef, le gouverneur sont