Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/205

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esclaves ne sont pas esclaves, selon lui. Le pere ne l’est que de ses enfans. Les enfans ne le sont que d’eux-mêmes, étant sans doute nés librement comme M. R. avant que de nature à Genève.

M, R. ne laisse pas d’être conséquent. Les enfans naissent hommes originaires, bêtes brutes & pures machines, selon lui, sans devoirs, sans sentimens, mais non sans besoins. Or leurs besoins sont des droits, d’indépendance pour eux, de servitude pour tous les autres, peres, meres, rois, princes & magistrats. Si M. R. avoir assisté au contrat de la nature avec nous, le jour que Dieu régla les droits respectifs, en disant : Fiat lux, & le second jour qu’il les ratifia, en disant : Fiat firmamentum, il nous auroit donné sept soleils pour éclairer sept planetes, qui n’en auroient pas eu besoin étant soleils elles-mêmes sans besoin, dépendance ni servitude des unes ou des uns envers les autres. Car la société de toutes choses est un mal, & la liberté épicurienne seule est un bien au gré de. M. R.

Je demande à cet oracle universel, si les enfans en héritant des biens, héritent aussi des fiefs, hommages, redevances, dettes, corvées dont ces biens sont chargés entre les mains des peres ? Eh mon Dieu ! c’est un pléonasme décidé de demander cela à M. R. Je sais mon Rousseau par cœur, chez lui tous les cas sont décidés. Le pere, selon lui, a été un sot de s’engager à payer ce tribut, cette dette, à cette servitude, à cet hommage, Le fils en est quitte par sa qualité de fils, puisqu’il est quitte même de toute obéissance à son pere propre & particulier, & à plus forte raison au pere commun. Les enfans doivent respecter le testament de leur pere, mais non lui obéir,