Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/208

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en effet d’autre autorité, d’autre droit que d’être gouverné.

C’est le peuple qui se donne un roi un chef, sans consulter Dieu, qui est un usurpateur, puisqu’il donne une autorité qu’il n’a pas, & qui ne peut venir que de Dieu ; le peuple n’a droit que de présenter, Dans la cause de la légitimité d’un Souverain, le peuple n’est que partie & témoin tout au plus, ne peut donc être juge ; il seroit juge dans sa propre cause. Je suis, Monsieur, &c.

LETTRE XXX.

Etablissons, Monsieur, l’état de la question. Je suppose d’un côté un roi tyran, cruel, usurpateur même & conquérant, si l’on veut : & d’un autre côté, un peuple armé pour, le déposséder & s’en délivrer. Jusques-là, je ne vois qu’un grand procès & deux parties qui plaident. Au tribunal de qui je le demande ? or je n’y vois d’autre juge que Dieu.

Le sort des larmes, la voie de fait n’est point une voie de droit. Dieu n’a jamais permis qu’on le consultât les armes à la main, tout Dieu des armées qu’il est ; & il permet souvent l’injustice de prévaloir ; je n’y vois en un mot que la patience, la fidélité, la soumission & la priere. Mais le roi est cruel, me dit-on : mais le peuple est mutin, dirai-je à mon tour. Qu’on décide entre deux ? Mais qui est-ce encore ne fois qui décidera ? Encore ne vois-je que le roi tranquille possesseur qui en ait l’autorité préalable, en attendant le jugement