Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/229

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votre part. Belles hypotheses, où vous commencez par admettre un homme naturel, purement physique, purement animal, purement corporel, que vous prétendez être l’homme en lui-même & dépouillé de la seule corruption de la société. En un mot, vous n’avez pas le moindre égard à la nature de l’ame, & votre homme n’a rien de moral. Vous en exçluez même positivement le moral, en réfutant Locke, Hobbes & par-tout ailleurs.

Votre homme est l’homme de la nature, dites-vous. Or il est évidemment contre nature, & vous le faites aboutir des vices contre nature, les plus décidés tels. Vous confondez les natures, les sexes comme les talents & les conditions. Vous rendez les sexes indifférens l’un pour l’autre, & sans aucune relation de l’un à l’autre. Positivement vous ôtez les devoirs & les sentimens respectifs, ôtant formellement ceux qui de tout tems out passé pour être les plus naturels, ceux de l’homme envers la femme, des peres envers les enfans, & réciproquement.

On n’a pas besoin de raisonner beaucoup avec vous, ni de deviner, ni d’être géometre pour vous convaincre. Vous ne vous contentez pas de vos principes d’erreur : vous en articulez nettement toutes les conséquences. Par exemple si quelqu’un en ample logicien vouloit conclure, que vous ôtez les sentimens puisque vous ôtez le moralisme, ou qu’un autre se donnât la peine de prouver que vous ôtez le moralisme puisque vous ôtez tout sentiment, on diroit à l’un & à l’autre de s’épargner cette peine, & que vous ôtez distinctement, explicitement, tantôt l’un, tantôt l’autre, & presque toujours les deux la fois. Je suis, Monsieur, votre très-humble, &c.