Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/234

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En un mot, Mallebranche disoit, donnez-moi de la matiere & de mouvement, je ferai un monde. Vous ne demandez je crois, que de la matiere, pour en faire un animal parfait & bientôt, par dégradation, un homme. Oui, le plus fort le plus parfait est fait, lorsque par la seule puissance ou potentialité de la matiere, la nature pure, physique, mécanique organique en fait un animal, fût-ce un âne ou un butor.

Je sais la marche de tout ce raisonnement-là. Au besoin la matiere est éternelle & infinie, selon Descartes même. Pour le mouvement, on l’a trouvé, depuis Mallebranche, essentiel à la matiere, comme Epicure & Spinosa même, & peut-être Bayle aussi l’avoient prévu. Et voilà le progrès de votre raisonnement, moitié tout haut, moitié tout bas. De la matiere sort le mouvement physique ; du mouvement, du physique résulte le mécanique ; le mécanique engendre l’organique ; l’organique produit l’animal vivant, & l’animal vivant produit raisonnable, l’homme, qui ne vaut pas grand chose, selon vous parce qu’absolument, le raisonnable, l’homme, produit le fidele, le chrétien, le sujet, le savant, d’où résulte le divin, qui est le conglobat, comme on dit, de toutes ces choses-là. Car, Jupiter est quodcumque vides, quòcumque, &c.

Ou je n’entends rien en raisonnement, en philosophie, en géométrie, ou ce raisonnement est le vôtre, moitié tacite, moitié articulé, articulé même dans ce qu’il a de plus dangereux. Car l’orgueil philosophique produit la liberté physique d’esprit & de cœur, la liberté produit le déisme moral, qui enfin produit l’athéisme théologique ou tout anti-théologique, & purement matérialiste.