Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/235

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Je suis trop naïf dans ma façon, pour ne pas vous avouer. M. R. qu’en vous parlant allez librement, ad hominem, je parle, ab homine ad hominem, comme je crois pouvoir le dire. Oui, je le prétends bien, que votre réfutation soit mon apologie. C’est ma profession de foi que je fais, en analysant la vôtre.

Vous vous plaignez après avoir parlé longuement & tout à votre aise, avec toute la liberté & la licence possibles, vous vous plaignez que ce n’est pas à vous qu’on permet de parler. Et moi, qui, par pure raison d’économie, & pour ne pas heurter de vrais préjugés, ai trouvé à propos de surseoir à mes ouvrages en grand nombre, depuis quinze ou vingt ans, & qui affecte de me taire totalement, depuis huit ou dix ans, en si beau sujet de parler depuis que vous parlez, je ne me plains de rien, si ce n’est peut-être de ma trop grande circonspection vis-à-vis de vous, & d’un petit nombre de vos pareils, plus précautionnés que vous cependant.

Je ne le dissimule pas : c’est l’air seul de nouveauté dont on m’accuse un peu, qui m’a sagement imposé à moi-même, imposé une sorte de silence, depuis à-peu-près vingt-cinq ans que mon clavecin nommément m’a donné ce grand renom, renom, je l’avoue, odieux de nouveauté, de systême, d’imagination. Cependant cette nouveauté-là & toutes mes nouveautés sont très-innocentes & de pure spéculation philosophique, physique même & géométrique.

Toutes vos nouveautés prétendues, détruisent directement les arts, les sciences, le gouvernement, les mœurs, la religion, & enfin la société & l’humanité toute entiere, & par