Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/238

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L’algebre nommément &l’analyse de l’infini même n’a reçu que des accroissemens de vérité, de clarté, de facilité de ma part.

Et voilà comme il est permis d’inventer & de donner du neuf en surabondance de l’ancien dont nous sommes déjà en possession. Vous M. R. vous nous ôtez tout l’ancien, les sciences, les arts, la musique, la société, la religion, l’humanité, pour nous faire des hommes bêtes, des Pongos hommes, & de vrais singes, dont vous vous divertissez en grand Seigneur.

Les rois mêmes sont vos joujoux, vos bouffons, & tyranni ridiculi ejus erunt, dit quelque Prophète, en parlant, non de M. R. mais de Dieu, si je m’en souviens, car je retiens mieux les choses que je lis, que les dates que je ne lis gueres.

C’est sur-tout à la note 2, page 194. qu’on sent bien l’espece de chicane que M. R. a dans d’esprit, & qu’il prête à tous les sujets à quoi il touche, pour les salir, sans pouvoir être de l’avis de personne, ni de lui-même. Il dit que Platon se moque de ceux qui prétendoient que ci “Palamede avoit inventé les nombres au siege de Troye, comme si, dit ce philosophe, Agamemnon eût pu ignorer jusques-là, combien il avoit de jambe.” C’est dommage que Platon ne soit-là qu’un sophiste, parce qu’en voilà assez pour autoriser trente sophismes de M. R. Palamede avoir inventé l’art des nombres, l’arithmétique, l’art de nombrer, de compter, de calculer.

Du reste, Platon vouloit ramener cet art au naturel, & à la grande facilité qu’il y a de s’y initier par les nombres usuels, que la nature nous met par-tout sous les yeux. C’est dans cet art naturel, que M. R. méconnoît Palamede & Platon, sans parler