Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/249

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LETTRE XL.

Monsieur, ce que je vous disois dans ma derniere lettre su le droit ou le devoir des prêtres, des ecclésiastiques, & de l’Eglise, d’être les docteurs des nations, est si vrai que chez les hérétiques même, & anciennement chez les idolâtres, Romains, Grecs, Egyptiens, Chaldéens, Persans, Indiens, chez nos Gaulois même ce sont & c’étoient les prêtres, ministres, druides, gymnosophistes, brachmanes, bonzes, qui étoient & sont spécialement par office chargés de l’instruction publique & de la tradition morale & écrite des sciences, des arts & des lettres.

Et cela sans exception ; car les universités par exemple, sont comme leur nom le porte, une universalité d’instructions & de doctrine, sans en excepter ni les arts, ni la médecin, ni jurisprudence, non plus que la théologie. Le monde sécularise tant qu’il peut toutes choses, & les hérétiques vont jusqu’à séculariser la théologie. Mais dans leur premiere institution, les facultés de médecine nommément étoient toutes ecclésiastiques. Les facultés de Paris & de Montpellier l’étoient bien surement dans leur origine ; & tout ce à quoi nous voyons porter robe noire, longue, ample, & rabat & petit, étoit à coup sûr ecclésiastique dans sa fondation, quelque sécularisation qui soit arrivée depuis ce tems-là. Le seul air de l’Eglise autorise, donne de la gravité, du poids aux fonctions les moins ecclésiastiques. Je l’ai dit ailleurs, il n’y a de profane que nous profanons.