Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/251

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


des sciences seroit une barbarie, seroit cette vie sauvage & animale.

Il faut donc de la société, & il faut de la science ; mais jusqu’à un certain point, après lequel l’excès retombe dans les mêmes inconvéniens que le manque total ou le défaut trop grand qui tombe dans l’abus, dans la corruption. Car corruptio optimi pessima. Il y a donc, cela va de suite, trop de société dans le monde, trop de science, & par-là même il n’y en a pas assez. Car voilà les deux contradictoires qu’il faut accorder, & qui ne s’accordent que trop dans toutes les questions.

C’est des sciences, des arts & des lettres que je parle surtout ici à M. R. Non absolument, il n’y a point trop de science intensive, comme on dit. Les savans ne le sont point trop. Ils ne sauroient trop l’être. Nulle science n’a à craindre qu’en la portant trop loin on n’en voye le bout, le foible ni le faux. En Dieu il y a une science infinie dont toutes nos profondeurs ne sont jamais que la surface extérieure. Car Dieu n’a point de surface en lui-même, n’ayant point de borne en science ni en rien.

C’est extensivè, comme on dit encore, qu’il y a dans le monde trop de science, c’est-à-dire, trop de savans, demi-savans par conséquent ; & voilà le mot ; les demi-savans sont tout le mal des sciences, parce que réputés savans & se donnant eux-mêmes pour très-savans, pour plus savans même que les vrais savans, leur ignorance réelle enfante les préjugés, les erreurs, les hérésies, les monstres d’esprit, d’art & de science, & tôt ou tard le pyrrhonisme, le déisme, l’athéisme, qui est la somme totale des monstres & le triple