Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/263

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LETTRE SUR JEAN–JAQUES ROUSSEAU, ADRESSEE A M. D’ ES......

Paris, le 10 Décembre 1778.

Nous avons fait, Monsieur, l’été dernier une perte irréparable aux yeux des hommes de génie & des ames sensibles ; je veux parler de celle de Jean-Jaques Rousseau, un des hommes les plus extraordinaires qui aient paru dans le monde. Il avoit choisi, depuis nombre d’années, la France pour son séjour, où il a vécu célebre & invisible, & où il a fini, en vrai philosophe, sa carriere sans trouble & sans bruit.

Ainsi, dans l’année 1778, dans cette année qui aura vu se former des révolutions politiques, mémorables à jamais dans les fastes du monde, les plus grands hommes qu’eût notre siecle pour l’esprit & les talens nous ont été enlevés ; car ces derniers, lorsqu’ils sont portés à un certain degré, méritent réellement d’être cités à la suite du génie.

Nul pays, sans doute, puisque Rousseau avoit rompu solemnellement ses liens avec sa patrie ; nul corps, nulle Académie, puisqu’il n’a appartenu à aucune, ne se chargera particuliérement de consacrer le nom d’un homme à qui cependant l’esprit humain doit un hommage à tant de titres.