Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/266

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le beau, pour le bon en tout genre. Une éducation républicaine & austere, des exemples domestiques & honnêtes, qui naissoient comme du sein des mœurs générales de sa patrie, furent en lui la seconde nature sur laquelle l’homme & l’Auteur furent édifiés.

Quand on considere tant d’avantages naturels avec toutes leurs circonstances, la vue d’une si parfaite création, où il est si rare que la nature accumule, assortisse & accorde à un seul homme, dans un degré si parfait, tant de dons divers, explique, d’une maniere bien simple, le prétendu paradoxe des écrits & de la vie de Jean-Jaques.

Le Citoyen de Geneve, né avec les perfections qu’on vient de voir, élevé comme on a dit, jetté ensuite dans le monde sans fortune, sans autre appui que ses propres forces, dont cependant le levier eût été si puissant dans les mains d’un homme ambitieux, mais qui, pour une personne du caractere de Rousseau, n’ont servi qu’à troubler sa vie en lui acquérant du renom ; un tel homme, dis-je, avec une ame & un esprit de cette trempe, devoir naturellement, s’il eût écrit, écrire comme Jean-Jaques a écrit, & agir en tout presque comme il a fait.

Rousseau ne commença à se produire au jour comme Auteur qu’à l’âge d’environ quarante ans, à cet âge où l’imagination, cette premiere source des bons écrits, conserve encore toute sa force, & où le jugement, qui en consacre la durée, est parvenu à presque toute sa maturité. Jusques-là, il avoit amassé dans le silence, par ses travaux par ses méditations, de grandes provisions en connoissances de toute espece. Philosophe