Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/268

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ce caractere, porte aussi avec elle une sorte de modestie particuliérement propre aux talens du premier ordre, mais en même tems, & il ne faut pas s’y tromper, qui n’est propre qu’à eux seuls.

Déjà avant que d’écrire, Jean-Jaques avoit outre-passé le terme connu des connoissances littéraires : il en avoit, suivant les apparences, bouleversé tout le systême dans ses conceptions vastes & originales. Tout annonce que ses études préliminaires l’avoient jetté sort loin des routes ordinaires.

Une académie littéraire mit alors en question si les sciences avoient influé en bien ou en mal sur les mœurs, c’est-à-dire, au fond si elles avoient plus préjudicié que servi au bonheur des hommes ; car il est constant, pour quiconque a médité sur le bien réel des sociétés, que la félicité humaine réside en grande partie dans la conservation des mœurs, & même qu’elle en naît essentiellement.

Ce corps littéraire entrevit la matiere d’une discussion où les esprits prévenus n’avoient pas apperçu jusqu’alors le motif même d’un doute. Il est à croire que Jean-Jaques avoit été occupé quelquefois d’une idée pareille ; il est probable même qu’il avoit déjà résolu, à part lui, cette étrange question. En conséquence, il écrivit à ce sujet, & il le fit étant orné au plus haut degré de toutes les perfections de l’intelligence, étant revêtu de ce qui fait sa plus grande beauté, l’éloquence. Ce fut avec de telles armes qu’il plaida la cause de l’ignorance en faveur du bonheur des hommes, & il la défendit avec applaudissement auprès de l’Académie & d’une partie du Public, détruisant ainsi, par son propre succès, l’instrument même qui avoit servi à le faire triompher.