Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/272

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civiles ont donc sagement & heureusement été adaptées à cette inégalité naturelle.

Rousseau, toujours plus affecté à sa maniere de quelques effets fâcheux que des fruits sans nombre de la civilisation, prétend inutilement ramener l’homme à l’état de nature. La raison, plus forte que tous ses discours éloquens, lui crie que cet état de nature n’est point l’état naturel de l’homme, un état qui lui soit propre ; qu’il ne mérite pas même le nom d’état pour un être de son espece, & qu’il doit plutôt être envisagé comme l’anéantissement de son existence. Elle lui dit que cette idée injurieuse à une créature intelligente, combat la fin de sa création ; que l’homme a été doué pour qu’une semblable pensée fût repoussée de son esprit ; en un mot, qu’un tel vœu, outre qu’il est criminel, est encore bien vain à former. Elle lui dit que la saine doctrine enseigne au contraire de porter l’espece humaine, par la voie des lumieres, vers un état social de plus en plus perfectionné, parce que l’être qui forme comme les matériaux. de ce bel édifice, qu’on nomme la société, ne peut rester brute & barbare, à moins que des causes physiques ne prédominent sur la puissance l’activité de son intelligence, ce qui est impossible généralement.

Il y a plus ; l’inégalité des conditions est non-seulement nécessaire, en tant que conforme à la nature : elle est de plus un bien réel quand elle est sagement réglée par la loi, parce qu’elle cimente alors l’état civil, qui est incontestablement l’ordre le plus parfait de tout cet univers, & la plus belle production de l’intelligence de l’homme, comme le plus bel ornement de sa nature élevée à toute sa dignité.