Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/278

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considérations, & qu’il se détourna sagement de sa route.

Diverses maximes de l’ouvrage exciterent le blâme de la République de Geneve contre son Auteur. Son Conseil crut devoir condamner ce livre, ainsi que celui d’Emile.

Rousseau qui ne jugea pas cette condamnation fondée, se souvint à son tour de ses droits ; il abdiqua solemnellement son titre de Citoyen. Un parti si extrême dut lui coûter beaucoup. La disgrace que la Patrie fait éprouver, est infiniment sensible, en ce qu’elle blesse un sentiment très-profond, né d’un sentiment naturel ; sentiment qui tient à l’amour de foi, à l’amour de son sang avec lesquels celui de la Patrie se mêle & se confond de la maniere la plus intime & la plus forte. Cette disgrace toucha encore plus particulièrement Rousseau, qui idolâtroit singuliérement la sienne, à en juger par la maniere dont il en parle dans plusieurs endroits de ses écrits, & toujours du ton le plus intéressant, se rappellant souvent cette Patrie chérie où il avoit puisé ces exemples & cette éducation austere auxquels il devoit en partie ses vertus.

Une séparation aussi cruelle pour un homme qui sentoit autant que lui la puissance & tout à-la-fois la douceur d’un pareil lien, ne lui empêcha pas de venir à son secours lorsqu’il crut ses loix exposées, & il écrivit pour son service ces lettres intitulées de la Montagne, où brillent tant de savoir & même de patriotisme ; car ce dernier sentiment, qui forme une espece particuliere dans ce genre de passion qu’on nomme amour, ne s’éteint pas plus que l’autre à volonté. Peut-être entra-t-il dans sa résolution un peu de ressentiment : quel homme est exempt des impressions de l’humanité ? Mais ce