Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/286

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plus désormais indifférens à son bonheur, & qu’il doit absolument craindre ou aimer. Il les gagne ; il se les attache bien plus surement qu’il ne les tente, ou ne les expose par ce procédé confiant. Julie même, cette tendre & fiere Julie, environnée des fruits de son union, dès-lors préservée par eux, ayant d’ailleurs son amant pour témoin de ses vertus, ou si l’on veut de ses sacrifices, en remplit comme invinciblement les obligations de son état ; elle les remplit même avec un certain charme, parce qu’il est encore des douceurs dans les privations auxquelles l’amour lui-même se condamne : le cœur de Julie ainsi purifié, n’a plus à se nourrir que par la pratique de ses devoirs.

Rousseau pour autoriser un caractere aussi hardi que celui de Wolmar, a cru devoir l’affranchir de tout lien aux opinions communément reçues. Il va même jusqu’à placer l’élévation des sentimens qu’il lui attribue, au sein de la plus funeste des erreurs, l’athéisme. Ce coup de pinceau, qui n’a pas été mis sans intention, produit le plus grand effet dans la suite de l’ouvrage.

Finalement, ce livre enchanteur par tant d’endroits, malgré bien des défauts réels, se termine par un trait de génie qui produit plusieurs effets de la plus grande impression dans le dénouement. Julie mere, Julie épouse chérie & respectée, amie satisfaite, vivant au sein sinon du bonheur, du moins au sein de la paix, dans celui de l’ordre & des vertus, Julie en cet état meurt ; elle expie ainsi sa faute passée par la perte de la vie : Elle meurt avec héroïsme & grandeur ; mais près de sa fin, elle semble moins perdre une vie chere à tous les êtres, que