Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/288

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perfections, l’estime de cette femme rare, sans jamais posséder son amour ; il avoit su honorer sa personne pendant leur union. L’admirable Auteur de cet ouvrage lui fait trouver le prix de cette conduite dans le changement que les prieres constantes & les exemples de Julie mourante produisent en son ame. Julie à son tour recueille le prix de la persévérance dans ses devoirs, en rapprochant Wolmar de Dieu, alors que mort la sépare de lui.

La touche sublime de tous ces caracteres, & le mélange de tant de traits heureux, renferment évidemment une grande connoissance du cœur humain. C’est sur-tout dans cette science si intime, si chere à l’homme, & qui, par cette raison, plaît tant à son ame par-tout où elle se présente, que Rousseau excelle. Il joint encore à la vérité de représentation la plus rare en ce genre, un caractere exquis de sensibilité dont il y a peu d’exemples : voilà l’endroit singuliérement par lequel il me paroît surpasser tous les hommes de génie de cet ordre.

Deux hommes célebres ont vécu dans le même siecle, & sont morts à peu près en même-tems. Mais, ou je me trompe fort, ou malgré l’extrême célébrité de l’un infiniment juste à beaucoup d’égards, la postérité, à la longue, mettra quelque différence entre les écrits de ces deux hommes, & même entre la force de leur génie, Encore l’un a-t-il tout accord au sien, & souvent outre mesure, tandis que l’autre lui a presque tout refusé, & s’est privé bien des sois, par vertu de nombre de productions. Il est hors de mon sujet de comparer ici les personnes. Peu d’Eçrivains sur ce point peuvent être mis côté de Rousseau dont la probité, comme homme

& comme Auteur, a été certainement fort rare.