Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/293

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


découle évidemment dans ses écrits de la science simple de la vertu & de la pratique douce de ses devoirs. Tantôt cet homme qui a jette ailleurs les yeux sur l’état civil pour en déplorer les maux, en pose les plus beaux fondemens sur la sainteté de la religion dont il parle d’une maniere plus qu’humaine, & sur les principes de toute espece qu’il déduit clairement des droits de l’homme les mieux connus, & qu’il affermit ensuite avec la main assurée d’un vrai législateur.

Nul des ouvrages de Jean-Jaques ne paroît avoir été écrit pour le simple ornement ou l’ostentation de l’esprit. Il semble que ce sage Ecrivain se soit dit : mes livres composés selon mes lumieres & ma conscience forment mon travail ; ils sont par conséquent la dette qu’il faut que j’acquitte. Si ce travail n’est pas utile, je trompe la loi de la nature, je trompe la société dans les obligations qu’elle m’impose. Que si quelquefois cet homme sensible à tous les genres de beautés, a abandonné ces objets de religion, de morale, & de mœurs, de devoirs publics, c’a été pour se délasser innocemment dans les arts agréables, lesquels il a enseignés & pratiqués en maître. Il occupoit dans ces loisirs honnêtes une autre partie de lui-même ( son imagination) aussi riche & aussi impérieuse que son génie.

Enfin pour tout dire, Rousseau a été l’Ecrivain de l’humanité, même jusqu’à outrer ses idées en sa faveur par la seule raison qu’il l’a trop aimée. Il a été celui de la religion pour la morale, celui de la partie pour l’amour qu’elle exige, celui de la société pour tous ses devoirs ; il eût été celui de la justice des empires si ce grand rôle lui eût été permis. A ce titres il peut à bien des égards être regardé comme l’Ecrivain