Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/295

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foi, il y a certainement quelque danger à tolérer l’erreur, bien qu’accompagnée de beaucoup de vérités utiles. Les ouvrages de cette espece exigent encore plus d’attention lorsque la doctrine, qui contient un semblable mélange, peut être épidémique par la maniere éloquente & puissante dont elle est enseignée. Quant à ce qui se trouve dans ces sortes d’ouvrages,

au rang précieux des vérités, il en est telles encore parmi celles-ci, que l’état présent des sociétés ne peut pas tout-à-coup, & peut-être ne peut plus supporter. Les grands Écrivains exigent donc une toute autre sévérité que les autres, par la raison même de la sorte de domination qu’ils exercent sur les esprits. Cette sévérité que le soin de l’ordre public rend nécessaire, devient dès-lors une justice, parce que les écrits des hommes supérieurs, de même que les loix, sont bientôt autorité & précepte.

Quoi qu’il en soit de ces réflexions faites sans aucune prétention pour ses propres idées, on peut dire qu’il n’est aucun pays qui n’ait bientôt rendu justice aux intentions pures de Rousseau, & que celui qu’il a continué d’habiter, n’a pas eu lieu de se repentir de lui avoir ouvert de nouveau son sein, après les tribulations qu’il y avoit éprouvées.

Ami du vrai, mais autant ami de la paix, dès qu’il vit les esprits s’échauffer sur ses opinions, il ne fit plus rien pour entretenir le feu qu’il avoit été sur le point d’allumer, ce qui lui eût été facile avec un esprit moins sage que le sien. Rousseau, sans jamais abjurer publiquement ni en particulier un sentiment qu’il crut fondé, sut néanmoins respecter sincérement l’ordre public. Tout lui fut possible pour le maintenir,