Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/369

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Julie encore plus piquante, tout le monde s’accorde à croire que ce charmant ouvrage est de pure imagination.

Cela pouvoit avoir causé du scandale à Motiers-Travers, *

[*De petits -garçons, & de petites-filles être susceptibles de scandale ! En Suisse ! Quelle pitié !] & avoir été l’occasion de cette grêle de pierres, qui n’a pourtant pas été considérable, & dont aucune n’atteignit le sieur Jean-Jaques, ni la le Vasseur. Il est naturel que l’extrême laideur de cette créature, & la figure grotesque de Jean-Jaques déguisé en Arménien, aient induit ces pettis garçons à faire des huées & à jetter quelques cailloux.

Vous ne connoissez point Mlle, le Vasseur, Monsieur, ou vous ne vous connoissez point en extrême laideur. Heureusement pour Jean-Jaques, que les charmes de sa gouvernante eussent fait assommer, si comme il n’en faut pas douter, on avoit proportionné la force des coups, à la grandeur du scandale : Mlle. le Vasseur n’est pas jolie ; mais elle a la phisionomie honnête, le maintien décent ; & n’est du tout point faite pour exciter les huées. Quant à Jean-Jaques, si la figure d’un homme qui a vieilli dans l’étude, le travail, les chagrins, & les souffrances, peut paroître grotesque parce qu’il a adopté un costume plus simple, plus commode, & en même-tems plus noble que le costume François, ce ne peut être qu’à des enfans, & à vous. Permettez-moi, Monsieur, d’observer en passant, qu’il ne vous échappe pas un trait qui ne décelé le plus mauvais cœur du monde. Je me dois cette observation ; elle seule peut excuser la futilité de quelques-unes de mes remarques.

Mais il est faux que Jean-Jaques ait couru le moindre danger.