Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/374

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Non, Monsieur, ce n’est pas comme cela que Jean-Jaques fait parler le Vicaire Savoyard ; c’est comme ceci. “L’idée de création me confond, & passe ma portée.......Qu’un être que je ne conçois pas donne l’existence à d’autres êtres, cela n’est qu’obscur & incompréhensible : mais que l’être, & le néant se convertissent d’eux-mêmes, l’un dans l’autre, c’est une contradiction palpable, c’est une claire absurdité.” De petites soustractions produisent de grandes différences, Monsieur : vous n’en faites que parce que vous le savez bien : heureusement ceux qui me liront le savent aussi. Si la médiocrité pouvoit se douter de son insuffisance, vous auriez consulté quelques personnes plus éclairées que vous ; certainement vous en connoissez, quoique, sans doute vous n’en reconnoissiez pas : elles vous auroient épargné le ridicule d’appeller galimathias ce qui passe votre intelligence. Mais, Monsieur, vous qui avez lu tant de choses, que ne litiez-vous les réfutateurs de Jean-Jaques : vous auriez vu qu’ils ne prennent point le passage en question pour du galimathias : vous auriez vu, & cela est fort bon à voir, “qu’ils rendent justice à tes talens ; qu’ils respectent les vertus morales dont il fait profession, qu’ils applaudissent au zele qu’il fait paroître pour les grandes vérités de la religion naturelle.” Vous, auriez vu qu’ils trouvent son style “élevé, brillant, nerveux, enchanteur,” & non pas, comme vous le trouvez, décousu, inégal, confus, i. Ils le disent du moins ; & ce témoignage est d’autant plus avantageux à Jean-Jaques, qu’ils ne le lui rendent que pour se faire valoir eux-mêmes.

Il s’est trouvé des personnes assez simples, pour croire qu’Emile est bien écrit.