Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/375

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Oui, des princes, des prélats, des militaires, des magistrats, des gens de lettres, des bourgeois, des femmes. Toutes classes de la société renferment de ces imbécilles-là.

Si cela est Télémaque l’est donc bien mal.

Bon Dieu, quelle conséquence ! Quant aux lettres de Jean-Jaques, selon vous, Monsieur, conservées par hasard, & livrées à dessein par les héritiers de M. du Theil, je ne vous en parlerai point : parce qu’il y a sur cet objet des choses que j’ignore ; & qu’il ne faut pas que je dise celles que je sais.

Jean-Jaques conseille au Dauphin de France, au Prince de Galles, à l’Archiduc d’épouser la fille du bourreau.

Voici ce que dit Jean-Jaques sur les convenances qui doivent déterminer le choix de tout homme qui veut se marier. “Je ne dis pas que les rapports conventionnels soient indifférens dans le mariage ; mais je dis que l’influence des rapports naturels l’emporte tellement sur la leur, que c’est elle seule qui décide du sort de la vie ; & qu’il y a telle convenance de goûts, d’humeurs, de sentimens, de caracteres qui devroit engager un pere sage, fût-il prince, fût-il monarque, à donner sans balancer à son fils, la fille avec laquelle il auroit toutes ces convenances, fût-elle née dans une famille déshonnête, fût-elle la fille du bourreau.”

Ce n’est point là donner un conseil, Monsieur ; c’est exposer son sentiment. Au reste, si les Souverains ont droit au bonheur, ce sentiment si opposé à l’usage, est très-conforme à la raison, & aux bonnes mœurs. Lorsque Pierre le Grand épousa Cathérine, il n’étoit à la vérité pas prouvé qu’elle fût