Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/406

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se plaignoit donc pas, pour être plaint, comme on a eu la dureté de le prétendre ; qu’il a soutenu l’indigence avec un courage, qui ne pouvoit prendre sa source que dans son propre caractere ; qu’il a reçu sans bassesse des secours de Madame de Warens, & qu’il les lui a rendus sans ostentation ; qu’il étoit sensible & reconnoissant, dans l’âge où l’on songe plus à jouir des bienfaits qu’à les apprécier ; enfin que, sorti de l’obscurité où sa premiere éducation l’avoit condamné, & placé sur le plus grand théâtre de l’Europe, il y a paru tel qu’il s’étoit montré dans le secret de l’amitié.

Quel homme voudroit que tous les billets qu’il a tracés par hasard, & pour ses affaires particulières, fussent un jour rassemblés & mis sous les yeux du Public ?

Je crois en effet, Monsieur, qu’il y a peu d’hommes qui le voulussent ; sur-tout dans le nombre de ceux qui briguant le fauteuil académique, ou sollicitant des pensions, cabalent pour renverser leurs contendans ; s’approprient dans la carriere des Lettres, les plans, les ouvrages, & dans celle des sciences, les découvertes d’autrui : enfin, à qui tout moyen de réussir paroît bon, pourvu qu’il soit heureux. De tels hommes ont un grand intérêt à souhaiter que le Public ne porte jamais ses regards sur leurs correspondances particulieres. Mais Jean-Jaques, qui, ne prétendant à rien, n’avoit point de concurrent à écarter, & dont la droiture ne s’est jamais démentie, n’a jamais pu le craindre.

Quand on trouve de tels écrits, n’est-ce pas violer les droits de la société les plus sacrés, que de les faire paroître au grand jour, & de les exposer ainsi aux attaques d’une sotte & lâche