Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/407

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malignité ? Quoi qu’il en soit, si on ne reconnoît pas le grand Ecrivain dans ces lettres de J. J. Rousseau, on y retrouve toujours une ame honnête, & le germe de cette fierté de la vertu qu’on lui a tant reproché d’avoir poussée jusqu’à l’excès.

Et cela n’est rien à l’estimation de ces Messieurs ?..... Mais passons. Je crois qu’on pourroit défire, je ne dis pas une sotte & lâche malignité, mais la malignité la plus adroite & la plus intrépide, d’extraire de tout le volume dont il est question, une seule phrase dont elle pût se faire une arme redoutable contre la mémoire de Jean-Jaques. Je vous l’avoue, Monsieur, je dois tant à ce bienfaiteur de l’humanité ; je mets un si haut prix au bien qu’il m’a fait, en fortifiant, par l’attrayante morale qu’il a répandue dans ses écrits, les bonnes inclinations que je tenois de la nature, que tout ouvrage qui porte on nom, me paroît une mine où je vais puiser de nouvelles richesses. Je l’ai donc lu, ce volume, d’un bout à l’autre, poésies, lettres, mémoires, avec une avidité qui n’a point nui à mon attention. Il ne contient rien qui, à mon avis, n’annonce le plus rare désintéressement, la plus noble franchise, la plus touchante générosité, la plus héroïque modération ; & de plus, cette précieuse simplicité d’ame, qualité presque inalliable avec le bel-esprit ; souvent compagne du génie, mais plus propre, il en faut convenir, à prolonger l’innocence des mœurs, qu’à accélérer le progrès des talens ;*

[*Quel est celui de ses détracteurs, dont les billets clandestins offriroient toutes ces choses ?] & qui rend d’autant plus naturelle la différence que l’on remarque entre le style des premiers, & celui des derniers écrits du vertueux Jean-Jaques.