Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/420

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que je n’entends presque plus que vous, M. de Buffon, & lui. C’est sans doute par cette raison, que je trouve tant de choses qui m’arrêtent, dans ces notes, que vous n’auriez pas jugées dangereuses, si elles avoient été mal faites. Par exemple, je ne conçois pas ce que peut être le style de Montagne, si Rousseau qui écrit avec cet agrément, ce nombre cette harmonie dont le charme est irrésistible, n’est pourtant pas aussi agréable à lire que lui. Je ne conçois pas comme Montagne qui orne toutes les bibliotheques, & que tout le monde lit, puisque je l’ai lu, étant plus agréable à lire que Rousseau, n’obtient pas sur lui la préférence, auprès des femmes & des gens du monde, qui s’ils veulent être instruits, desirent encore plus d’être amusés ; & s’il l’obtient, je ne conçois pas comment on espere, que, quand il sera mieux connu l’enthousiasme que Rousseau inspire s’affoiblira, & peut- être même se perdra tout-à -fait. Je ne conçois pas comment on dit de Rousseau, à qui on a tant reproché la fureur des paradoxes, que, peu scrupuleux examinateur des opinions généralement reçues le nombre de ceux qui les adoptent lui en impose. J’avois toujours cru qu’un paradoxe étoit un sentiment opposé à une opinion généralement reçue. Enfin, Monsieur, je ne conçois pas, où se trouvent les traces de la persécution qu’éprouvent les ennemis de Jean-Jaques, de la part de ses amis. Connoissez-vous une seule victime de cette persécution qui a tous les effets de la haine théologique ? Or ces effets doivent être bien éclatans, car la haine théologique est audacieuse & barbare : mais la haine philosophique l’est-elle moins ? Et si la philosophie à la mode, celle qui hait, étoit assise sur