Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/460

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


multiplie les besoins de l’une, & menace l’autre, ne mérite pas mieux le nom d’indigence.

Non, Monsieur, la destinée de J. J. Rousseau, n’a rien laissé à faire à son imagination pour le tourmenter ; injures sanglantes, interprétations odieuses, imputations déshonorantes, calomnies atroces, services offensans, abandon de ses amis, proscription de sa patrie, indigence, maux physiques, tout ce qui peut porter le désespoir dans une ame sensible, s’est réuni pour accabler la sienne, & il a tout enduré avec la plus héroïque modération. J’espere que vous n’en exigerez pas des preuves plus incontestables, & plus touchantes, que les notes, qu’il a mises à l’infâme libelle (si généralement, & sans doute si justement attribué à Voltaire), *

[*Depuis que j’ai écrit cette lettre, j’ai acquis la preuve que ce libelle effectivement du Seigneur de Ferney] intitulé, Sentimens des citoyens de Geneve. Production que cette République, malgré ses préventions, a fait brûler sous la qualification qui lui convenoit ; & dont il seroit à souhaiter pour la réputation de son Auteur, que le feu eût pu effacer la mémoire. Enfin, Monsieur, le bonheur de pouvoir s’estimer, est le seul dont Jean-Jaques ait joui ; & le malheur de haïr, le seul qu’il n’ai pas éprouvé.

Je ne défendrai point la nouvelle Héloise contre la critique qu’en fait le nouveau Dictionnaire historique : ce n’est pas que je croye qu’on n’y puisse répondre, à certains égards, avec quelqu’avantage ; c’est que le mérite de ce roman est indifférent à la gloire de Jean-Jaques : ou du moins qu’il en jugeoit ainsi, puisqu’il ne daigna pas en faire mention, dans une note