Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/47

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une source de foiblesse tout ce qui pouvoit les rapprocher & les adoucir : on connoissoit les avantages du courage, on ignoroit encore ceux du commerce & des arts : on vit que l’on alloit perdre des soldats, on. ne voyoit pas que l’on gagnoit des citoyens ; on croyoit qu’il étoit honteux de devoir à l’industrie, des biens qu’on aurore pu se procurer par la force ; & il faut remarquer que dans ces tems la guerre enrichissoit les particuliers & les peuples : les loix des différens Etats n’avoient songé qu’à les séparer, on crut leur constitution perdue lorsqu’il fut question de les réunir : des hommes qui par amour pour leur patrie detruisoient celle de cent peuples, étoient bien éloignés d’imaginer la terre comme une patrie commune à tous ses habitans ; on ne concevoit pas qu’il pût s’établir entr’eux des intérêts communs : des besoins & des secours mutuels ressembloient à une dépendance : des guerriers qui se faisoient négocians & ouvriers croyoient se dégrader ; c’étoit toutes les passions particulières qui sous le nom de vertus & de mœurs anciennes s’étoient liguées contre le bien général nouveau & inconnu.

Les vieux préjugés céderent enfin en grondant ; les nouvelles connoissances s’établirent : chaque état de l’homme a ses vices qui lui sont propres : le commerce & les arts en introduisirent de nouveaux ; on ne vit qu’eux ; on oublia ceux de la pauvreté qu’ils avoient chassés ; on murmura, on cria, comme on fait encore aujourd’hui ; on employa sans cesse ce terme commode & vague de corruption, qui accuse sans preuve & jugé sans objet fixe, & qui, au gré de la satire, de l’humeur & de la misanthropie, flétrit indifféremment de