Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/492

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dans la premiere de ces citations, la noble franchise d’une ame qui sent qu’elle peut se montrer sans risques ; la fiere indépendance qui ne sait pas mettre le sentiment à prix : & dans la seconde, la plus ingénieuse expression de la reconnoissance ?

A-t-il été ingrat envers Madame * * *, (de qui il avait reçu, non pas des bienfaits qui exigent reconnoissance, mais des prévenances qui doivent l’inspirer) quand il a écrit (le 20 Août 1762) à quelqu’un qu’il aimoit beaucoup, & dont, par cette raison même, la longueur de son silence avoit changé les inquiétudes en soupçons : “J’ai reçu vos trois lettres en leur tems ; j’ai tort de ne vous avoir pas, à l’instant, accusé la réception de celle que vous avez envoyée à Madame * * *, & sur laquelle vous jugez si mal d’une personne dont le cœur m’a fait oublier le rang.*

[*On est fondé à croire que depuis il s’en est souvenu.....Mais quel admirable accord on trouve entre tout ce qu’il dit, en quelque tems, dans quelques circonstances, à quelques personnes qu’il parle !] J’avois cru que ma situation vous seroit excuser mes retards ; & que vous m’accuseriez plutôt de négligence, que Madame***. d’infidélité ! Je » m’efforcerai d’oublier que je me suis trompé.” On voit dans la sécheresse de cette réponse, non-seulement la délicatesse d’un honnête homme, qui se reproche d’avoir quoiqu’involontairement, donné lieu à une injustice ; mais encore la sensibilité d’un ami, qui s’indigne de ce qu’on a osé concevoir une idée injurieuse à Madame * * *.*

[* Je ne nomme point cette Dame, parce que Jean-Jaques ne la nommeroit pas ; & qu’en le défendant, je m’impose la lui de l’imiter.]

A-t-il été ingrat envers M. le Maréchal de Luxembourg ?