Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/498

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gagner de l’honneur, ou du déshonneur, choses assez égales pour qui cherche à nuire, vous prenez sur vous le résultat des travaux de quiconque veut bien suer pour vous complaire. C’est ce que nous prouve l’énorme, l’informe, le décousu, le monstrueux, l’extravagant & malheureux Essai que vous venez de donner au public : ouvrage, qui, attendu son inutilité pour la perfection de l’art dont il traite, semble n’avoir été entrepris que dans le double dessein d’insulter aux mânes de l’illustre citoyen de Geneve,*

[*De cinquante-trois passages de cet Essai où vous parlez de Jean-Jaques, il n’y en a que seize où vous ne l’injuriez pas.] & d’apprendre aux maîtres de l’univers, qu’à quelque point qu’ils soient favorisés de Mars & de Minerve, si Euterpe ne les compte au nombre de ses amis, ils glisseront dans l’espace des tems, sans qu’on s’apperçoive de leur existence. En effet, quelques talens, quelques qualités quelques vertus qu’il ait d’ailleurs, qu’en un roi dont on peut dire :

Cet homme assurément n’aime pas la musique ?

Heureusement le Doyen, & le modele des Potentats qui gouvernent l’Europe, sait également manier la lyre d’Apollon, comme musicien, & comme poëte. Mais... je ne sais, Monsieur, pourquoi je m’occupe de l’importance que vous semblez mettre à ce que les Souverains aiment, ou n’aiment pas la musique ; c’est à l’opinion publique à punir les ridicules : l’unique soin qui me regarde, c’est de démontrer la fausseté dès imputations dont vous chargez la mémoire de J. J. Rousseau. Vous pourriez me dire, que j’ai beaucoup tardé à remplir un