Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/519

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il avoue franchement les révolutions qu’il éprouve, & se croit obligé de se rétracter sur ce qu’il commence à regarder comme une erreur. Cette apparente mobilité est une constance réelle, & toujours estimable ; quoiqu’il ne gagne pas toujours à substituer une opinion à une autre. Par exemple, on assure qu’en sortant de la représentation d’un Opéra du célebre Gluck, l’enthousiasme qu’elle lui avoit causé le porta à s’écrier : “j’ai dit & écrit que les François n’avoient, ni ne pouvoient avoir de mutique ; M. Gluck vient de me prouver le contraire.” À mon avis, c’étoit en croyant qu’il s’étoit trompé, que Jean-Jaques se trompoit : car il n’avoit certainement jamais voulu dire que la combinaison des sons nous fût impossible, mais seulement que notre langue étoit incompatible avec la perfection du chant ; & tous les miracles de M. Gluck ne peuvent empêcher que nos e muets, nos syllabes sourdes, notre prononciation nazale, la dureté de nos mots terminés par des consonnes, ne fassent en musique un effet détestable. Mais revenons à vous, Monsieur.

Comment se peut-il que donnant au public un ouvrage immense (qu’au moins vous avez lu), vous n’ayez pas pris la

précaution de lire assez attentivement pour les entendre, les sept pages qui composent la préface du Dictionnaire de musique,*

[*Car bien que vous citiez, & moi, d’après vous, la ix page, elle n’en a réellement que vii.] avant de hasarder l’odieuse sortie que vous faites contre son auteur ? Relisez-la, Monsieur, cette préface ; vous y

trouverez des leçons de droiture, & de défiance de soi-même, qui vous seront utiles, si vous pouvez vous élever jusqu’à cri, faire votre profit. Vous y verrez page premiere :