Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/55

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À ces observations j’ajouterai que chez un peuple bien gouverné, les richesses excitent dans ceux qui les desirent, l’industrie, le travail & le talent, par l’envie de les acquérir ; & dans ceux qui en jouissent, l’amour de l’ordre, des loix & de la paix, par la crainte de les perdre ; elles animent en même tems la cupidité ; mais cette passion n’est pas toujours un vice dans un Etat puissant, puisqu’elle peut très-légitimement se proposer les plus grands objets, & qu’elle est même un ressort nécessaire pour un grand nombre d’opérations du Gouvernement.

Les richesses sont la source d’une infinité de biens moraux ; elles donnent l’éducation, elles cultivent les talens & les connoissances, elles mettent à portée des places où l’on peut être utile à la patrie ; la vertu peut donc & doit même les desirer ; enfin une plus grande multiplication de richesses laisse entre les hommes les mêmes proportions qu’une moindre, à l’exception qu’elle rend la condition d’un petit nombre plus heureuse, sans empirer celles des autres.

Que dis-je ? les richesses en embellissant la scene du monde, ne contribuent pas moins au bonheur du pauvre qui en a le spectacle tranquille, qu’à celui du riche qui en a la possession inquiete : croira-ton que pour bien goûter la magnificence des palais, des temples, des jardins, des cérémonies, & des fêtes, il soit nécessaire d’en avoir fait les frais ? Faut-il être Roi de France pour jouir de Versailles & des Tuileries ? Quelle plus délicieuse jouissance que celle de l’artiste même ? Celui-là seul a la plus parfaite propriété des productions des arts, qui a le plus de goût & de sentiment.

Ajoutons que dans un Etat riche, tant de voies imprévue