Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/553

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auprès des Genevois, pour qu’ils forçassent Voltaire à quitter sa maison des Délices, E’qu’il avoit réussi à lui causer ce chagrin, vous ne pouviez pas en être sûr, puisque cela n’est pas vrai : mais peut-être l’avez-vous cru, sur la parole des charlatans dont vous vous êtes rendu l’organe : ils en ont attrapé de plus fins que vous ; en ont séduit de mieux fondés en principes. Dans ce cas-là, quelqu’horreur que m’inspirent les infidélités, les mensonges, les calomnies que vous vous êtes permis sciemment, méchamment, & de plein gré, je me reprocherois de laisser subsister dans votre esprit, une erreur que je peux détruire : voici donc ce que je sais.

Loin que Rousseau ait manœuvré pour faire chasser Voltaire de Geneve, il pressoit le parti populaire, avec lequel seul il avoit des relations, de ménager infiniment Voltaire à cause de son crédit auprès de M. le Duc de Choiseul. La vraie raison pour laquelle Voltaire quitta Geneve, & rendit les Délices à M. Tronchin, fut son poëme sur la guerre civile de Geneve, & sur-tout la part qu’il avoit voulu prendre aux affaires de la République pendant la derniere Médiation, ce qui lui attira de vifs reproches de la part de M. de Botteville, & le fit haïr du parti Négatif, qui crut avoir à se plaindre de lui. Nul homme de ce parti n’alloit plus le voir à Ferney, & se voyant irréconciliablement brouillé avec la portion de la ville dans laquelle il avoit eu presque tous ses amis, il se résolut à abandonner totalement à M. Tronchin, les Délices dont il s’étoit réservé la possession, quoiqu’il fît depuis plusieurs années, sa résidence à Ferney. Tout cela est, Monsieur, de notoriété publique à Geneve.