Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/56

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sont ouvertes de toutes parts à la fortune, que personne n’éprouve le désespoir de la pauvreté ; tandis que la crainte trouble le repos des riches dans leurs lits de pourpre. La divinité des malheureux, l’Espérance berce le pauvre, & lui peint avec d’agréables couleurs la perspective de l’avenir.

Il est à propos de faire remarquer ici une contradiction singuliere de nos adversaires ; d’un côté ils sont valoir la pauvreté antique comme un état qui faisoit le bonheur des hommes ; de l’autre ils emploient les plus trilles couleurs pour peindre la pauvreté moderne, & ne négligent rien pour nous attendrir sur son sort : d’où peut naître cette prodigieuse différence que l’on suppose gratuitement ? La terre, les travaux nécessaires pour la cultiver, les besoins naturels ont-ils donc changé ? S’il y a quelque différence, c’est que nos, laboureurs vendent leur travail & leurs denrées à des gens plus riches ; c’est qu’ils sont plus assurés d’être récompensés de leurs peines dédommagés de leurs pertes.

Nous nourrissons, dit- on, notre oisiveté de la sueur, du sang & des travaux d’un million de malheureux ; j’Auroit cru ces reproches mieux fondés contre ces peuples anciens qui sont les favoris de notre adversaire ; quels étoient en effet les talents & les occupations de ses chers Spartiates, dont l’oisiveté étoit consacrée par les loix, & chez qui toute espece de travail étoit exercée par une classe d’hommes privés, en naissant, de leur liberté, & condamnés sans retour à travailler, à acquérir, & à produire même des enfans au profit d’un maître barbare, à qui la loi donnoit droit de vie & de mort sur eux ? Tels surent les usages de toute l’antiquité ; tels étoient