Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/58

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


où il n’y a ni arts, ni industrie, ni commerce. Quand l’agriculture étoit en honneur, continue-t-on, il n’y avoir ni misere ni oisiveté : que l’on daigne donc nous apprendre les causes de ces émigrations si fréquentes dans les tems anciens, & dont on ne voit plus d’exemples de nos jours. D’ailleurs, si l’agriculture peut suffire à la subsistance des habitans dans certains pays, elle ne le peut pas de même par-tout : de-là vient que beaucoup de peuples privés de la ressource du commerce & des arts sont obligés de vivre de pillage : la Hollande, ce pays si puissant & si heureux, que seroit-il sans elle ? la retraite d’un peuple de brigands, ou peut-être l’asyle de quelques pêcheurs.

On ajoute que le luxe nourrit cent pauvres dans nos villes, mais qu’il en fait périr cent mille dans nos campagnes. Le luxe est si peu la cause de la misere de la campagne, que le paysan n’est nulle part plus riche qu’au voisinage des grandes villes, de même que sa pauvreté n’est jamais plus grande que là où il en est le plus éloigné. Que le luxe augmente ou diminue, que lui importe ? l’usage de la dentelle & de la soie dispense-t-il de manger du pain & de le payer ? les productions de la terre en sont-elles moins nos premiers & nos plus indispensables alimens ? peuvent-elles jamais perdre leur valeur proportionnelle avec le prix de l’or & de l’argent, & celui des productions des arts ?*

[* Il est donc absolument faux que l’argent qui circule entre les mains des riches & des artistes, soit perdu, comme on le prétend, pour la subsistance du laboureur ; & que celui-ci n’ait point d’habit, précisément parce, qu’il faut du galon aux autres.]