Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/582

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Mais du bon-sens, en avoit-il ce pauvre Jean-Jaques ? Il faut bien avouer que non, puisque vous, Madame, vous-même, son amie lui en refusez : ainsi que M. D. L. B. vous le reproche dans cet accablant passage de sa conséquente lettre.

Mais ce qu’il y a de plus piquant pour vous, & dont vous devez être inconsolable, c’est qu’en tombant sans cesse sur la basse fondamentale, ce chef-d’œuvre qui a immortalisé Rameau ; ce chef-d’œuvre reconnu pour tel par votre maître, puisque son Dictionnaire n’est fondé que sur cette base, vous


bien sûre qu’il trouvera bon, que pour l’amusement de mes lecteurs, je répare son inadvertance.

M. D. L. B. me dit poliment dans sa lettre à M. l’Abbé Roussier, page 2, “appaisez-vous, la bonne, calmez votre bile incendiée, toutes vos injures sur ma froide compilation empêcheront pas que votre ancien galant.” (J. J Rousseau) “& que l’antique Platon, grands hommes d’ailleurs, n’aient été de médiocres musiciens, & ne passent pour tels dans les siecles futurs” & il a grand soin de mettre ces mots, sur ma froide compilation en lettres italiques, comme si je les avois employés dans l’Errata, seul écrit que je lui aye adressé. Or comme il est impossible qu’on les y trouve, à moins que pour me préserver d’obstructions en donnant à ma bile incendiée une circulation plus facile, M. D. L. B. n’ait eu la sublime générosité de faire, à ses frais, une nouvelle édition de l’Errata, augmentée de ces mots froide compilation. Mais comme cela n’est gueres présumable, je conclus qu’ils ont été adressés à M. D. L. B. par je ne sais quelle personne ; & que troublé par je ne sais quel sentiment, il me les attribue. La méprise est excellente, en ce que si elle ne prouve pas invinciblement que d’autres que moi aient eu le malheur de ne pas goûter l’Essai sur la Musique, elle engage fortement à le penser. Au reste, cela commence à le civiliser : M. D. L. B. regimbe, mais il se corrige. Dans son Essai, Jean-Jaques étoit traduit comme un vil plagiaire & un mauvais musicien ; dans le Supplément, le voilà grand homme d’ailleurs, & comme musicien monté au rang des médiocres. Si M. D. L. B. écrit une troisieme fois, je ne désespére pas qu’il ne place enfin J. J. Rousseau où il doit l’être. Note de la douce & gentille Dame.]