Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/60

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la subsistance de l’homme, mais s’il n’y, suffit pas, à qui doit-on s’en prendre ? est-ce à la richesse ? quoi de plus absurde, qui peut donner & qui donne en effet de meilleurs salaires qu’elle ? Plus il y a de luxe, c’est-à-dire, plus le superflu est acheté chérement, plus il est impossible que le nécessaire soit au-dessous de son prix.

Dans l’ancienne égalité au contraire, la pauvreté étoit sans. ressource ; ceux qui avoient été forcés de contracter des dettes. étoient dans une impuissance absolue de les acquitter n’y ayant alors ni commerce ni arts qui pussent rétablir leur fortune ; & les riches ne l’étant pas assez pour remettre généreusement ce qui leur étoit dû il s’ensuivoit des violences atroces contre les débiteurs : employés par leurs créanciers aux travaux les plus durs, on leur mettoit les fers aux pieds, on les attachoit au carcan, on leur déchiroit le corps à coups de verges ; une loi des douze Tables les condamnoit à être vendus comme esclaves, ou à perdre la tête ; on peut lire dans Denys d’Halicarnasse le discours de Sicinnius à ce sujet ; la retraite du peuple Romain sur le Mont-Sacré n’eut pas d’autres motifs que ces affreuses duretés.

Si l’on considere la totalité d’une nation, les richesses excessives & leurs abus sont très-rares ; il est donc aisé d’y remédier ; des vices qui n’appartiennent qu’à un petit nombre ne peuvent alarmer, sur-tout si ce petit nombre est envié &, si tout le reste conspire avec empressement à lui imposer un frein. Il n’en étoit pas de même de la pauvreté des anciens, elle étoit universelle : elle produisit un vice général & le plus grand de tous, la passion de la guerre. Le premier bien que