Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/601

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que les injures de la Baumelle sont plus de peine, que les acclamations du parterre n’ont jamais fait de plaisir.

Et que résulte-t-il de tout cela ? La crainte de la mort (car on en tremble) n’empêche pas qu’on ne se plaigne de la vie, & ne sachant à qui s’en prendre, on se plaint la Providence, quand on ne devroit être mécontent que soi-même.”

Suivent des réflexions générales sur l’injustice & la mise des hommes ; après quoi M. Tronchin continue ainsi.

“À juger du futur par le passé notre ami se roidira contre vos raisons. Lorsqu’il eût fait son Poëme je le conjurai de le brûler : nos amis communs se réunirent pour obtenir même grâce ; tout ce qu’on put gagner sur lui fut de l’adoucir ; vous verrez la différence en comparant le second Poëme au premier. J’espere pourtant qu’il lira votre belle lettre avec attention ; si elle ne produit aucun effet, c’est qu’à soixante ans on ne guérit gueres des maux qui commencent à dix-huit. On l’a gâté, on en gâtera bien d’autres. Plaignons-le & conservons-nous.”

Eh bien ! Madame, vous voyez que si l’AMI MALADE se connoissoit bien en témoins, l’AMI TÉMOIN se connoissoit bien aussi en malades. Mais je me lasse de suivre celui-ci, dans l’énumération de ses griefs contre Rousseau. Que répondre effet aux extravagantes bisarreries que l’on vouloit alors faire passer pour de l’éloquence ; aux projets criminels dont le Ministere est instruit ; aux calomnies dont Rousseau a chargé Voltaire auprès de Monseigneur le Prince de Conti, & de