Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/611

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vous faites à ma patrie, je partage la reconnoissance de mes concitoyens, & jespere qu’elle ne sera qu’augmenter encore lorsqu’ils auront profité des instructions que vous pouvez leur donner. Embellissez l’asyle que vous avez choisi : éclairez un peuple digne de vos leçons ; & vous qui savez si bien peindre les vertus & la liberté, apprenez-nous à les chérir dans nos murs comme dans vos écrits. Tout ce qui vous approche doit apprendre de vous le chemin de la gloire.

Vous voyez que je n’aspire pas à nous rétablir dans notre bêtise, quoique je regrette beaucoup pour ma part, le peu que j’en ai perdu. À votre égard, Monsieur, ce retour seroit un miracle, si grand à la fois & si nuisible, qu’il n’appartiendroit qu’à Dieu de le faire, & qu’au diable de le vouloir. Ne tentez donc pas de retomber à quatre pattes ; personne au monde n’y réussiroit moins que vous. Vous nous redressez trop bien sur nos deux pieds, pour cesser de vous tenir sur les vôtres.

Je conviens de toutes les disgraces qui poursuivent les hommes célebres dans les lettres ; je conviens même de tous les maux attachés à l’humanité, & qui semblent indépèndans de nos vaines connoissances. Les hommes ont ouvert sur eux-mêmes, tant de sources de misere, que quand le hasard en détourne quelqu’une, ils n’en sont gueres moins inondés. D’ailleurs il y a dans le progrès des choses, des liaisons cachées que le vulgaire n’apperçoit pas, mais qui n’échapperont point à l’œil du sage quand il y voudra réfléchir. Ce n’est ni Térence, ni Cicéron, ni Virgile, ni Séneque, ni Tacite ; ce ne sont ni les Savans ni les Poëtes qui ont produit les malheurs de