Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/617

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


je veuille offenser celui de mes contemporains dont j’honore le plus les talens, & dont les écrits parlent le mieux à mon cœur ! Mais il s’agit de la cause de la Providence dont j’attends tout, &c..”

Ici la plume tombe des mains de M. D. L. B. Tant il est impatienté de tant de tant bassesse, & par un honnête & commode &c. sur-tout commode &c. Il laisse à `l’imagination à deviner la fin de cette lettre. Pour moi, qui ne veux pas, Madame, que votre imagination fasse la moindre grace à Rousseau, je vais traduire l’et cœtera de M. D. L. B.

“Après avoir si long tems puisé dans vos leçons des consolations, & du courage, il m’est dur que vous m’ôtiez maintenant tout cela, pour ne m’offrir qu’une espérance incertaine & vague, plutôt comme un palliatif actuel, que comme un dédommagement à venir.”

Qui croiroit, Madame, qu’après avoir écrit (notez bien en 1755 & 1756), d’une maniere si basse, si respectueuse à Voltaire, Rousseau ait osé huit ou dix ans après, se plaindre des tracasseries que lui suscitoit ce même Voltaire ; & ne pas s’extasier de tous ces charmans pamphlets, ces petits chefs-d’œuvre qui ont signalé la vieillesse du grand-homme ? J’en suis fâché pour vous ; mais l’inconséquence de votre maître saute aux yeux. Quand on a une fois admiré un homme, à cause des talens qu’on reconnoît en lui, & des vertus qu’on lui suppose, quelques vices qu’il décelé durant le cours d’une longue vie, il faut admirer toujours, non-seulement ses talens, (comme a fait Rousseau) mais encore toutes les mechancetés qu’il peut faire.