Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/66

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’Univers ? elles ne respirent que l’union & la paix. Dira-t-on qu’elles sont la source de la cupidité ? mais la route qu’elles tiennent est diamétralement opposée à celle de la fortune & de la grandeur. Inspirent-elles l’amour du plaisir ? elles sont presque inassociables avec lui.

Mais, nous dit-on, les vices des hommes vulgaires empoisonnent les plus sublimes connoissances & les rendent pernicieuses aux Nations. Sans doute, les passions corrompent les choses les plus pures ; elles abusent de la Religion, faut-il pour cela la détruire ? faut-il lui imputer leurs crimes ? & moi, je dis ; si les plus sublimes connoissances ne sont pas à l’abri de leurs coups, comment l’ignorance pourra-t-elle s’en préserver ? si le vice perce à travers le bouclier de la Philosophie, quel sera son triomphe sur l’ignorant désarmé s’il abuse de la vérité, quel abus monstrueux sera-t-il des erreurs & des préjugés ? nous en avons vu les terribles exemples chez les Nations sauvages.*

[*On convient cependant qu’il est bon qu’il y ait des philosophes, pourvu que le peuple ne se mêle pas de l’être : mais à qui en veut-on ? Où est-ce que le peuple se mêle de philosophie ? Dans l’inégalité actuelle des sociétés, il lui est plus impossible que jamais d’avoir ce defaut, si c’en est un.]

Il est vrai qu’il y a des sciences & des arts qui naissent ou ne se perfectionnent que par la puissance, les richesses & la prospérité ; ces arts peuvent être contemporains des vices, mais ils n’en sont point la source ; les mœurs corrompent quelquefois les sciences & les lettres, qui ne se sauvent pas toujours de la corruption, mais qui en sont souvent le remede.

Plus on examine la nature de la science, ses objets & ses