Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/67

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moyens, plus on voit que de toutes les choses humaines, elle est absolument celle qui a le moins d’affinité avec les vices : l’amour de la vérité, quand il est extrême, est le destructeur des passions ; lorsqu’il est modéré, il en est du moins une diversion : Syracuse retentit des gémissemens des vaincus, & des cris barbares des vainqueurs : Archimede seul est tranquille ; il n’entend que la voix de la vérité ; son corps est frappé du coup mortel, son ame étoit déjà dans les Cieux.

Les premiers Savants furent des Dieux, dans la suite on les appella des Sages ; plus on étoit voisin de l’ignorance, plus on en avoit connu les vices, plus on sentoit le prix des bienfaits de la science ; à mesure que les communications littéraires sont devenues plus étendues & plus faciles, on a pu acquérir de la science sans en avoir l’amour ; par conséquent elle n’a pas toujours été un remede assuré contre les passions : mais en multipliant à l’infini ses sectateurs, elle s’est toujours réservé un nombre de favoris dignes d’elle ; elle a donné toutes les vertus à ses élus, & en a du moins répandu sur le reste de ses disciples quelques rayons qu’ils n’armoient point connus sans elle.

On ajoute que c’est une folie de prétendre que les chimeres de la philosophie, les erreurs & les mensonges des Philosophes puissent jamais être bons à rien ; on demande si nous serons toujours dupes des mots, & si nous ne comprendrons jamais qu’études, connoissances, savoir, & philosophie ne sont que de vains simulacres élevés par l’orgueil humain & très-indignes des noms pompeux qu’il leur donne.

Dois-je encore répondre à une accusation aussi injuste ? la