Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/80

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qu’ils nous ôtent cette vieille dureté de mœurs qui a pu se faire respecter, mais qui se faisoit haïr ; que le monde reçoive d’eux des couleurs riantes & agréables, je ne vois là que des sujets de reconnoissance ; pour quelques qualités admirables que nous aurons peut-être perdues, nous en gagnerons cent aimables ; qu’importe ? les hommes ont besoin de s’aimer & non de s’admirer.

C’est ainsi qu’à mesure que les sciences & les arts ont fait plus de progrès, l’autorité est devenue plus puissante à la fois & plus modérée, & l’obéissance plus fidelle : les subordinations de toute espece ont été adoucies ; l’humanité n’a plus borné ses devoirs dans le sein d’une ville ou d’une nation, elle est devenue universelle ; les miseres & les crimes de la guerre ont été infiniment diminués ; le droit des gens a étendu ses limites, & affermi ses principes : la politique a été purgée de crimes d’Etat si fréquens autrefois, & que l’ignorance regardoit somme nécessaires ; l’émulation enfin a établi entre tous les peuples un échange & un commerce nouveau de leurs talens, & de leurs connoissances.

Les vertus civiles n’ont pas fait moins de progrès : elles ont acquis de l’élévation & de la délicatesse ; une habitude de bienveillance générale a embelli tous les devoirs & les a rendus faciles ; la bonté a appris à avoir des égards : la pitié s’est offerte avec respect ; la société civile s’est étendue, elle est devenue le plus précieux des biens, elle a multiplié les liens de l’honneur & du respect humain en multipliant les rapports ; toutes les passions ont été affoiblies ; la bienséance a eu des chaînes, & la décence des graces ; les vertus ont daigné plaire.