Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/97

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


qui sous voit d’assez loin ou d’assez haut, pour rire & se faire un jeu de tous les efforts impuissans que vous faites pour lui faire dire, que vous êtes là.

A votre place je craindrois d’être l’homme du jour, qu’on va voir ou qu’on appelle chez soi par curiosité. Et parlant du vertueux citoyen de qui vous tenez le jour “je le vois encore, dites-vous, vivant du travail de ses mains, & nourrissant son ame des vérités les plus sublimes. Je vois Tacite, Plutarque & Grotius mêlés devant lui avec les instruments de son métier.”

Cela est - il beau ? Je doute qu’il le soit en France, où le goût décide de tout en genre de beauté. Les artisans eux-mêmes en concluront que cela devoit faire un mauvais ouvrier, dont ils ne seront pas surpris de voir l’héritier obligé de chercher fortune hors de la maison paternelle : & les gens de bon sens & d’honneur seront d’avis, que ce bon homme auroit mieux fait d’occuper Monsieur son cher fils, des instrumens & des façons de son métier, que de la lecture de Plutarque, Tacite ou Grotius.

Aussi M. R. avoue que “les égaremens d’une folle jeunesse lui firent oublier durant un tans de si sages leçons.” Il n’auroit pas dû se citer lui-même comme une exception à ce qu’il dit que tous les citoyens de Geneve sont comme son pere “des hommes instruits & sensés, dont sous des noms d’ouvriers & de peuple, on a chez les autres nations des idées si-basses & si fausses.” M. R. ne veut pas qu’on méprise le peuple & les ouvriers, & lui il veut bien mépriser les autres peuple & les nations qui en pensent autrement. En France ni dans les