Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/164

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beaucoup d’espèces, il me dit, en me montrant un recueil de pièces de clavecin : Voilà des pièces qui ont été composées pour moi ; elles sont pleines de goût, bien chantantes ; personne ne les connaît ni ne les verra que moi seul. Vous en devriez choisir quelqu’une pour l’insérer dans votre divertissement. Ayant dans la tête des sujets d’airs & des symphonies beaucoup plus que je n’en pouvois employer, je me souciois très peu des siens. Cependant il me pressa tant, que par complaisance je choisis une pastorelle que j’abrégeai & que je mis en trio pour l’entrée des compagnes de Colette. Quelques mais après & tandis qu’on représentoit le Devin, entrant un jour chez G[...], je trouvai du monde autour de son clavecin, d’où il se leva brusquement à mon arrivée. En regardant machinalement sur son pupitre, j’y vis ce même recueil du baron d’H[...]k, ouvert précisément à cette même pièce qu’il m’avoit pressé de prendre, en m’assurant qu’elle ne sortiroit jamais de ses mains. Quelque tems après je vis encore ce même recueil ouvert sur le clavecin de M. D’

[Epina] y, un jour qu’il avoit musique chez lui. G[...]ni personne n’a jamais parlé de cet air & je n’en parle ici moi-même que parce qu’il se répandit quelque tems après un bruit que je n’étois pas l’auteur du Devin du village. Comme je ne fus jamais un grand croque-note, je suis persuadé que sans mon dictionnaire de musique, on auroit dit à la fin que je ne la savois pas. *

[*Je ne prévoyois guère encore qu’on le diroit enfin, malgré le dictionnaire.]

Quelque temps avant qu’on donnât le Devin du village,