Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/201

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en des hommes tout différents. Ce n’étoit pas pour établir une chose aussi connue que je voulois faire un livre ; j’avois un objet plus neuf & même plus important. C’étoit de chercher les causes de ces variations & de m’attacher à celles qui dépendoient de nous, pour montrer comment elles pouvoient être dirigées par nous-mêmes, pour nous rendre meilleurs & plus sûrs de nous. Car il est, sans contredit, plus pénible à l’honnête-homme de résister à des désirs déjà tout formés qu’il doit vaincre, que de prévenir, changer ou modifier ces mêmes désirs dans leur source, s’il étoit en état d’y remonter. Un homme tenté résiste une fois parce qu’il est fort & succombe une autre fois, parce qu’il est foible ; s’il eût été le même qu’auparavant, il n’auroit pas succombé.

En sondant en moi-même & en recherchant dans les autres à quoi tenoient ces diverses manières d’être, je trouvai qu’elles dépendoient en grande partie de l’impression antérieure des objets extérieurs & que modifiés continuellement par nos sens & par nos organes, nous portions, sans nous en appercevoir, dans nos idées, dans nos sentimens, dans nos actions mêmes l’effet de ces modifications. Les frappantes & nombreuses observations que j’avois recueillies étoient au-dessus de toute dispute & par leurs principes physiques, elles me paraissoient propres à fournir un régime extérieur qui, varié selon les circonstances, pouvoit mettre ou maintenir l’âme dans l’état le plus favorable à la vertu. Que d’écarts on souveroit à la raison, que de vices on empêcheroit de naître, si l’on savoit forcer l’économie animale