Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pour relever l’entretien & quoiqu’il me fatiguât souvent il ne m’ennuyoit jamais. J’étois fort aise de lui rendre de petits soins, de lui donner de petits baisers bien fraternels, qui ne me paroissoient pas plus sensuels pour elle, c’étoit là tout. Elle étoit fort maigre, fort blanche, de la gorge comme sur ma main. Ce défaut seul eût suffi pour me glacer : jamais mon cœur ni mes sens n’ont sçu voir une femme dans quelqu’un qui n’eût pas des tétons ; & d’autres causes inutiles à dire m’ont toujours fait oublier son sexe auprès d’elle.

Ayant ainsi pris mon parti sur un assujettissement nécessaire, je m’y livrai sans résistance & le trouvai, du moins la premiere année, moins onéreux que je ne m’y serois attendu. Mde. D’

[Epina] y, qui d’ordinaire passoit l’été presque entier à la campagne, n’y passa qu’une partie de celui-ci, soit que ses affaires la retinssent davantage à Paris, soit que l’absence de G[...]lui rendît moins agréable le séjour de la C[...]e. Je profitai des intervalles qu’elle n’y passoit pas, ou durant lesquels elle y avoit beaucoup de monde, pour jouir de ma solitude avec ma bonne Thérèse & sa mère, de manière à m’en bien faire sentir le prix. Quoique depuis quelques années j’allasse assez fréquemment à la campagne, c’étoit presque sans la goûter ; & ces voyages, toujours faits avec des gens à prétentions, toujours gâtés par la gêne, ne faisoient qu’aiguiser en moi le goût des plaisirs rustiques, dont je n’entrevoyois de plus près l’image que pour mieux sentir leur privation. J’étois si ennuyé de salons, de jets d’eau, de bosquets, de parterres & des plus ennuyeux montreurs