Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/236

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étoit le réservoir des eaux du parc de la C[...]e : il y avoit un jardin clos de murs & garni d’espaliers, & d’autres arbres, qui donnoient plus de fruits à M. D’

[Epina] y que son potager de la C[...]e, quoiqu’on lui en volât les trois quarts. Pour n’être pas un hôte absolument inutile, je me chargeai de la direction du jardin & de l’inspection du jardinier. Tout alla bien jusqu’au tems des fruits ; mais à mesure qu’ils mûrissoient, je les voyois disparaître, sans savoir ce qu’ils étoient devenus. Le jardinier m’assura que c’étoient les loirs qui mangeoient tout. Je fis la guerre aux loirs, j’en détruisis beaucoup & le fruit n’en disparaissoit pas moins. Je guettai si bien, qu’enfin je trouvai que le jardinier lui-même étoit le grand loir. Il logeoit à Montmorency, d’où il venoit les nuits, avec sa femme & ses enfans, enlever les dépôts de fruits qu’il avoit faits pendant la journée & qu’il faisoit vendre à la halle de Paris, aussi publiquement que s’il eût eu un jardin à lui. Ce misérable, que je comblois de bienfaits, dont Thérèse habilloit les enfans & dont je nourrissois presque le père, qui étoit mendiant, nous dévalisoit aussi aisément qu’effrontément, aucun des trois n’étant assez vigilant pour y mettre ordre ; & dans une seule nuit, il parvint à vider ma cave, où je ne trouvai rien le lendemain. Tant qu’il ne parut s’adresser qu’à moi, j’endurai tout ; mais voulant rendre compte du fruit, je fus obligé d’en dénoncer le voleur. Mde. D’

[Epina] y me pria de le payer, de le mettre dehors & d’en chercher un autre ; ce que je fis. Comme ce grand coquin rôdoit toutes les nuits autour de l’Hermitage, armé d’un gros bâton ferré