Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/301

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L[...]t dans ma poche ; je la lus plusieurs fois en marchant. Cette lettre me servit d’égide contre ma foiblesse. Je fis & tins la résolution de ne plus voir en Mde. d’H[...]que mon amie & la maîtresse de mon ami ; & je passai tête à tête avec elle quatre ou cinq heures dans un calme délicieux, préférable infiniment, même quant à la jouissance, à ces accès de fièvre ardente que, jusqu’alors, j’avois eus auprès d’elle. Comme elle savoit trop que mon cœur n’étoit pas changé, elle fut sensible aux efforts que j’avois faits pour me vaincre, elle m’en estima davantage & j’eus le plaisir de voir que son amitié pour moi n’étoit point éteinte. Elle m’annonça le prochain retour de St. L[...]t, qui, quoique assez bien rétabli de son attaque, n’étoit plus en état de soutenir les fatigues de la guerre, & quittoit le service pour venir vivre paisiblement auprès d’elle. Nous formâmes le projet charmant d’une étroite société entre nous trois, & nous pouvions espérer que l’exécution de ce projet seroit durable, vu que tous les sentimens qui peuvent unir des cœurs sensibles & droits en faisoient la base, & que nous rassemblions à nous trois assez de talens & de connaissances pour nous suffire à nous-mêmes, & n’avoir besoin d’aucun supplément étranger. Hélas ! en me livrant à l’espoir d’une si douce vie, je ne songeois guère à celle qui m’attendoit.

Nous parlâmes ensuite de ma situation présente avec Mde. D’

[Epina] y. Je lui montrai la lettre de Diderot avec ma réponse ; je lui détaillai tout ce qui s’étoit passé à ce sujet, & je lui déclarai la résolution où j’étois de quitter l’Hermitage. Elle s’y opposa vivement, & par des raisons toutes-puissantes sur